Entre deux portes...
Petit texte de Raôul Duguay que j'ai retrouvé en fouillant dans mes vieilles affaires... C'est toujours plaisant de fouiller !
Entre deux portes
"De quelle porte s'agit-il? D'une porte d'entrée ou d'une porte de sortie? Il semble bien que, depuis trois siècles, le Kébèk ait supporté de demeurer dans le vestibule, entre les deux portes de sa réalité politique, incapable encore de porter la responsabilité de son choix en ce qui concerne sa sortie du Canada ou son entrée dans le Kébèk, par la grande porte. Au seuil du troisième millénaire, le Kébèk sera-t-il l'âne de la fable, mort de soif, entre deux puits? Quant à moi, je le dis comme je le sens, comme je le sais, comme je le veux et comme je le peux. Entre l'émotion qui a fait battre le coeur du Kébèk pour son indépendance et pour sa souveraineté dans les années 70, et la raison que l'on cherche aujourd'hui pour la faire, il faut choisir les deux. Le Kébèk ne se fera pas sans l'intensité émotionnelle qu'il faut pour emporter son énergie et ne se fera pasnon plus sans une rationalisation qui fera la gestion de cette énergie politique. Il faudra penser avec son coeur et sentir avec sa tête quand nous fermerons la porte du passé et quand nous ouvrirons les portes de l'avenir.
Au seuil du troisième millénaire, on constate chaque jour, sur les écrans de la télévision devenus des véritables stroboscopes, combien le virage technologique a produit une culture de l'explosion et de l'éjaculation précoce... La société est un immense casse-tête dont on a égaré l'image intégrale. Le projet de société doit être reconstitué par le génie créateur du Peuple. La démocratie ne peut se bien porter que si la politique ouvre toutes grandes ses portes à la consultation référendaire. Mais il faut des femmes et des hommes politiques assez courageux et assez subtils pour savoir qu'après avoir frappé trois siècles à une porte close, il faut faire du porte-à-porte, aller frapper à l'autre porte, celle de sa propre maison, pour voir le portrait d'un peuple qui se reconnaît et qui, à bras ouverts, acceuille sa liberté. Alors seulement, nous sentirons que le Kébèk nous porte, comme nous le portons."Raôul Duguay
"Kébèk à la porte",
Raôul Duguay,
Éditions Stanké, 1993
4 commentaires:
WoW! Beau texte, encore une fois. Où prends-tu toutes ces trouvailles?
Mon extrait préféré:
«Mais il faut des femmes et des hommes politiques assez courageux et assez subtils pour savoir qu'après avoir frappé trois siècles à une porte close, il faut faire du porte-à-porte, aller frapper à l'autre porte, celle de sa propre maison, pour voir le portrait d'un peuple qui se reconnaît et qui, à bras ouverts, acceuille sa liberté.»
Ce texte est vraiment excellent... J'ai trouvé, il y a plusieurs années, le recueil "Kébek à la porte", qui contient plusieurs autres bons textes de Duguay, au Dollarama à Matane... Hey oui, ils n'ont (ou plutôt n'avaient) pas que de la scrappe chinoise !!!
De la "scrap" chinoise, hein? Genre des «Thermos» à café qui rouillent et emplissent ton liquide chaud de particules de rouille impropres à la consommation comme le montrait l'émission La Facture la semaine dernière ou l'autre d'avant?
Ouin... dans ce genre là !!! hehe !
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